L’établissement lasallien de Sarcelles cache en ses murs la championne d’une discipline méconnue : la nage en eau glacée. Depuis deux ans, Prisca Falla accumule les médailles tout en menant brillamment son année de terminale. En toute modestie.
« Prisca se faisait déjà remarquer par ses notes excellentes, et maintenant c’est par le sport ! », s’exclame Gilles Eauclere. L’adjoint de l’établissement La Salle Saint-Rosaire, à Sarcelles, ne tarit pas d’éloges devant l’exploit de celle qui suit ses cours de mathématiques complémentaires : à 18 ans, Prisca Falla est devenue quadruple championne du monde de nage en eau glacée (50 et 100 mètres nage libre, 50 et 100 mètres brasse). Un sport extrême qui n’est pas encore reconnu par la fédération de natation mais qui rallie de plus en plus d’adeptes : pas moins de 2000 sportifs étaient engagés dans la compétition mondiale qui s’est tenue à Oulu, en Finlande, en mars 2026. « L’eau était à -0,7°C. Habituellement, c’est entre 0 et 5°C. On y entre sans combinaison, avec le même équipement qu’en natation classique : maillot, lunettes et bonnet », explique la jeune sportive. Les plongeons, les virages et les coulées sont interdits pour des raisons de santé. « Le plus dur, c’est de descendre dans l’eau. Car elle est fraîche, tout de même ! » poursuit-elle amusée.
La lycéenne, qui a débuté la natation à 2 ans, commencé la compétition à 8 et poursuivi avec la natation en eau libre à 13-14 ans, s’est lancée dans la natation en eau glacée en mars 2024, presque par hasard, poussée par une amie. En 15 jours, elle découvre la discipline, s’entraîne activement et décroche deux médailles d’or aux championnats du monde de Tallinn ! Deux ans plus tard, elle se hisse sur la plus haute marche du podium aux championnats de France. « Ce sont des portes qui se sont ouvertes à moi, et je les ai prises », observe la jeune fille aux longs cheveux bouclés. « Prisca est une élève extraordinaire et elle reste très discrète et pleine d’humilité », souligne Gilles Eauclere.
Un entraînement dense et cadré
Grâce aux championnats d’Oulu, il a découvert le rythme soutenu auquel se soumet volontiers la lycéenne. Avec son club d’Ezanville, le CN95, Prisca suit six entraînements hebdomadaires qui mêlent natation classique, musculation et/ou préparation physique afin d’être prête pour les compétitions du weekend. Et lorsque se profile un championnat en eau glacée, elle complète l’entraînement par une immersion dans un bac rempli de glaçons pendant sept minutes maximum. « Après un entraînement dans une eau chaude, on n’a pas trop envie d’y aller, avoue Prisca. Mais on est un groupe de cinq nageurs en eau glacée, avec le même objectif, c’est motivant ! » Cette préparation cadrée est le gage d’une compétition rondement menée : « Au bout de 50 mètres en eau glacée, on commence à ne plus sentir nos membres, à perdre nos sensations. C’est donc important de beaucoup s’entraîner en bassin pour avoir des automatismes, explique-t-elle. C’est une discipline où le mental est plus important que le physique. »
Nul doute que son professeur de maths suivra la jeune sportive et son mental d’acier aux JO d’hiver de 2030… si d’ici là la nage en eau glacée devient sport olympique !
Laurence Pollet
Crédit photo : Céline Falla et Yves Hirsch