Fernand, la rencontre d’un miraculé

Certaines rencontres marquent une vie. Celle de Fernand Chaleil appartient à cette catégorie. Il est rare de pouvoir recueillir le témoignage d’un homme dont la guérison a été officiellement reconnue comme miraculeuse par l’Église. Rencontrer ce monsieur est un véritable privilège. Il est, à notre connaissance, le dernier miraculé vivant de saint Bénilde. Un homme simple, humble, dont la seule présence rappelle qu’au-delà des archives et des récits, certaines histoires continuent de s’incarner dans un visage, une voix, un sourire.

Lorsque je lui demande s’il est heureux de la vie qu’il a menée, Fernand ne réfléchit pas une seconde. Son regard s’illumine et il répond avec une simplicité désarmante : « Je suis heureux d’être en vie grâce à saint Bénilde et je me suis accompli au quotidien. » Une phrase qui résume à elle seule une existence entière.

Nous sommes à Saugues, en Haute-Loire, berceau du frère Bénilde (1805-1862), frère des Écoles chrétiennes. Instituteur puis directeur d’école, il a consacré sa vie à l’éducation des jeunes, laissant le souvenir d’un éducateur profondément aimé. Après sa mort, plusieurs guérisons ont été attribuées à son intercession. L’une d’elles allait conduire l’Église à reconnaître un miracle.

Pour revenir à Fernand, c’est en février 1941 qu’il est frappé par une encéphalite d’une extrême gravité. Il n’a que quatre ans. Les crises nerveuses durent parfois 48 heures. Il ne parle plus, perd ses facultés intellectuelles et les médecins ne lui donnent aucun espoir.

Sa mère refuse pourtant de céder au désespoir. Dans les larmes, elle prie inlassablement : « Frère Bénilde, guérissez mon petit. » Durant trois jours, la famille veille l’enfant.

Le 16 avril, tout semble perdu. Le cœur de Fernand s’affaiblit, la mort paraît imminente. Vers 18 heures, ses parents adressent une ultime prière au frère Bénilde. À cet instant, l’enfant s’apaise. Il s’endort profondément. Le lendemain, il se lève, mange normalement. Les crises ont disparu. Elles ne reviendront jamais.

Les médecins restent sans explication. Le docteur Gerbier évoquera une guérison « rapide, spontanée et totale », inexplicable sur le plan médical. Le docteur Guyon, médecin légiste à Clermont-Ferrand, estimera lui aussi que cette guérison dépasse les moyens thérapeutiques employés.

Après une enquête approfondie, l’Église reconnaît officiellement ce miracle. Il sera l’un des éléments qui conduiront à la canonisation du frère Bénilde par le pape Paul VI, le 29 octobre 1967.

Fernand Chaleil, quant à lui, n’a jamais cherché à être un symbole. Il a simplement vécu. Il a repris l’exploitation familiale, élevé des vaches et des brebis, travaillé la terre avec passion et construit une vie heureuse. Aujourd’hui, à 89 ans, il réside dans la maison de retraite de Saugues, aux côtés de sa sœur Yvonne, âgée de 98 ans.

En quittant Fernand Chaleil, une conviction demeure : il est exceptionnel de rencontrer un miraculé. Non pas parce qu’il chercherait à convaincre ou à impressionner, mais parce que sa vie est, à elle seule, un témoignage. Son sourire paisible, son humilité et cette phrase prononcée avec une profonde gratitude résonnent longtemps après la rencontre : « Je suis heureux d’être en vie grâce à saint Bénilde. »

Lionel Fauthoux

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