Dossier : J’ai choisi d’enseigner

Plongée dans la communauté éducative du collège rural La Salle Notre-Dame de Monbahus. Qu’ils soient professeurs depuis toujours ou en reconversion dans le métier, les enseignants de ce collège du Lot-et-Garonne conjuguent au quotidien inventivité et attention à l’autre. Avec enthousiasme, sensibilité et passion.

Ne cherchez pas de paillettes dans les bâtiments gris aux volets verts du collège de Monbahus, petit village du Lot-et-Garonne (47). Ici, faute de moyens, pas d’esbroufe, pas de salle informatique flambant neuve ou de tableaux blancs interactifs. Le collège de ce village rural de 600 habitants du sud-ouest de la France est discrètement situé en face de l’église, à quelques mètres de la petite supérette du coin.
C’est là que les 12 élèves du dispositif ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) viennent apprendre à compter la monnaie en achetant de la farine et des œufs qu’ils transformeront ensuite en crêpes ou en tartes aux pommes. Entre deux coups de fouet, ils redécouvrent la proportionnalité ou les nombres décimaux. « On est dans le pratique, dans le concret, confie Sylvie Barraud, enseignante spécialisée en ULIS. On fait en sorte qu’ils quittent le collège les moins fragiles possibles, qu’ils deviennent des jeunes adultes capables de se débrouiller. Enseigner, c’est un métier où l’on se met au service des enfants. »
choix enseignement professeur et eleves lasalliens

PEU DE MOYENS, MAIS DES IDÉES PÉDAGOGIQUES PLEIN LA TÊTE

Pour stocker les nombreux jeux qui l’aident à développer les apprentissages de ses élèves en inclusion, Sylvie Barraud, « prof de tout » précise-t-elle, offre régulièrement à sa classe des rochers au chocolat, par boîte de 16. « Les boîtes en plastique transparent de cette marque sont hyper pratiques pour nos activités, explique l’enseignante de ce collège aux petits moyens. Alors on mange du chocolat ! »
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.Ici, c’est le système D et l’entraide qui animent l’équipe pédagogique. Et ça marche : les paillettes, c’est dans les yeux des élèves qu’on les retrouve. « Avec trois bouts de ficelle, on fait des feux d’artifice », confirme la cheffe d’établissement, Myriam Grossias. À 43 ans, c’est elle qui anime depuis deux ans et demi l’équipe du collège La Salle Notre-Dame de Monbahus, douze professeurs magiciens de l’éducation. Le slogan de l’établissement résume à lui seul l’ADN de La Salle Notre-Dame : « Loin des villes, près des élèves ».
Sur les 96 enfants répartis dans les quatre classes de 6e, 5e, 4e et 3e, une vingtaine occupe l’internat. « Certains viennent d’Agen, à 60 kilomètres d’ici, précise Myriam Grossias. C’est un établissement familial. Nos élèves peuvent avoir des difficultés, ce n’est pas l’élite, mais c’est bien de s’occuper d’eux. Et on est hyper innovants en pédagogie car il ne faut pas de sous pour ça. Juste des idées. »
photo de groupes d'eleves lasalliens
classed passion enseignement

POUR CERTAINS, LE PROFESSORAT MARQUE LE DÉBUT D’UNE DEUXIÈME CARRIÈRE

Extrêmement soudée, l’équipe enseignante est animée par une véritable soif de transmettre dans la joie aux jeunes générations. Plusieurs sont devenus profs après une autre carrière, comme Audrey Aumailley, professeur de lettres. Voilà 12 ans qu’elle a quitté le secteur touristique et la formation pour adultes pour enseigner, « riche de toutes ses expériences professionnelles passées ». À 45 ans, elle a fait le choix d’embrasser la carrière d’enseignante et c’est aujourd’hui pour elle devenu « une vocation » et une passion. « Je ne me lève pas le matin pour aller travailler : je vis l’enseignement, confie-t-elle. C’est pour moi le plus beau métier du monde. L’humain est au cœur de notre mission. »
Ce matin-là, elle invite, comme chaque semaine, deux élèves de 4e à présenter à leurs camarades leur revue de presse. Debout devant le tableau, masque sur la bouche, Christelle a choisi de parler de la fonte de la calotte glaciaire au Groenland, « parce qu’on ne parle pas assez de la nature, explique l’adolescente. On parle plus de politique ou du covid. Or, il s’agit de notre futur. Et ça va faire des dégâts ». À Monbahus, beaucoup d’élèves sont fils ou filles d’agriculteurs mais aussi d’employés ou d’artisans. Maëlys, interne âgée de 13 ans, hésite entre devenir infirmière libérale ou policière scientifique. Mathéo, 14 ans, veut être conducteur d’engins agricoles. Il a hâte d’entrer au lycée agricole mais, en attendant, il est collé ce soir, jusqu’à 19h30. « On a une sorte de permis à points et là, j’en ai perdu dix parce que les cours, c’est pas mon truc. » Par contre, lui comme Maëlys et leurs camarades, sont unanimes : « Il est bien notre collège car c’est petit et familial et les profs sont toujours à l’écoute ».

PROF D’EPS, JARDINIER-APICULTEUR ET BOOSTER D’AMBITION

Le mercredi après-midi, les internes enchaînent les activités peinture, escalade, trampoline ou muscu dans la salle du bas avec leur professeur de sport. « Avec lui, on s’occupe des arbres fruitiers aussi, dit Maëlys. Et on a des ruches, on fait du miel et des bougies. » Trois ruches sont en effet situées en contrebas, sur un terrain pentu où Christophe Callegrain, le professeur d’EPS, a également aménagé avec les élèves un potager et planté 120 arbres fruitiers ainsi que 250 plantes mellifères pour faire vrombir de plaisir les abeilles. 

Passionné « par le bio et le naturel », Christophe Callegrain est un prof heureux. « L’idée que c’était mieux avant, c’est faux. La jeunesse est pleine d’espoir, dit l’ancien gymnaste de haut niveau. Je dis aux gamins de ne pas s’interdire de rêver. En France, il y a des passerelles partout. » Lui est presque devenu un modèle pour les élèves en difficulté. « J’étais un enfant avec la tête pleine d’eau. Je n’avais aucun intérêt pour l’école. » Fils d’un plâtrier et d’une secrétaire, il se lance à l’époque dans un BEP agricole mais le sport a toujours été sa passion. Alors il rattrape son retard scolaire pour préparer le CAPES en 1996. « Je suis devenu paraplégique après un accident de moto, confie-t-il. Il m’a fallu un an et demi de greffes et sept opérations. J’ai mis quatre ans pour être admissible au concours ! Mais je n’avais pas fait tout ça pour rien, j’avais trouvé ma voie. » Tee-shirt jaune, veste de survêtement rouge et pantalon de sport vert, ce croyant qui a fait le choix de devenir enseignant n’a qu’un but : « faire prendre du plaisir aux gamins. Moi, mon travail de prof ne m’a jamais déçu : je me lève en me disant : “ chouette, je vais au boulot”. »
photo d'eleve enseignement lasallien

EMBARQUER LES ÉLÈVES AVEC SOI ET LES RENDRE HEUREUX

Autre rayon de soleil de cet établissement lasallien, Madeleine Guipouy a elle aussi choisi d’enseigner autour d’un challenge : « embarquer avec moi les élèves et qu’ils prennent du plaisir ». Dans sa salle, la classe de 5e chante à tue-tête Ameno d’Era, un groupe de new age des années 90 à l’univers mystique. « Allez, on va s’ambiancer sur un tube du Moyen-Âge ! », enchaîne Madeleine Guipouy après avoir présenté à ses élèves des instruments de musique anciens : cromorne, chalemie, bombarde, rebec, lyre et luth. 

Professeur stagiaire en éducation musicale, cette maman de 37 ans a changé de parcours professionnel pour entrer à Monbahus. « J’animais des ateliers de théâtre et de musique et j’étais surveillante en lycée, raconte-t-elle. Ça faisait cinq ans qu’ils cherchaient un prof de musique ici. Ma collègue Florence, prof d’espagnol, et Myriam, la cheffe d’établissement, m’ont soutenue et m’ont fait répéter mon oral la veille. J’ai fini major de promo, une belle récompense ! » Depuis, cette joueuse de flûte traversière et chanteuse lyrique s’autorise à être créative avec ses élèves, « surtout dans cette période de l’adolescence où certains se referment et ont du mal avec le regard des autres ».
Dans ce secteur rural, l’enseignement rime avec amusement. « La religion ne fait pas partie de mon quotidien mais je me reconnais dans les valeurs de l’établissement, confie Madeleine Guipouy. Quand j’ai rencontré les sœurs qui ont construit cet établissement et qu’elles m’ont raconté qu’à l’époque elles allaient chercher les enfants dans les zones les plus reculées pour leur faire classe, j’ai été touchée. J’ai foi en ce que l’éducation puisse aider à faire grandir les enfants, pour qu’ils s’en sortent dans la vie. »

UNE ÉQUIPE ÉDUCATIVE CRÉATIVE ET SOUDÉE

Ici comme ailleurs, l’équipe enseignante a bien sûr des moments de doute. « Mais malgré les difficultés ou les parcours parfois compliqués, c’est le plus beau métier du monde pour moi, estime Florence Touya, la professeure d’espagnol. On ne fait pas ce métier pour être riche mais on se sent bien. »
Ces professeurs soudés, inventifs et attentifs, illustrent bien les racines profondes de cette profession-vocation : permettre aux enfants de s’épanouir, adapter la pédagogie aux différents niveaux pour leur permettre de réussir, valoriser les intelligences multiples et favoriser l’estime de soi. Et tout cela, malgré le manque de moyens. « Un bon professeur est celui qui travaille pour ses élèves », estime la cheffe d’établissement Myriam Grossias.
Réunis dans la petite cour de Monbahus, les 96 élèves du collège La Salle Notre-Dame se souviendront probablement longtemps de leurs profs, hommes et femmes animés par une envie profonde de leur transmettre des savoirs dans la joie. Ils se souviendront aussi de Magali Reboursière, éducatrice qui veille sur chacun des enfants durant les intercours et une partie de la soirée. L’occasion d’échanger autour des projets et des ambitions des jeunes. Romain, 14 ans, a trouvé tout seul un patron et un lycée pour l’accueillir dès l’année prochaine dans sa future formation de boulanger. Axelle, « élève heureuse », s’apprête à se lancer dans un CAP de fleuriste. Mellis veut monter une ferme auberge et Lilou, lumineuse jeune fille atteinte d’une trisomie 21, rêve de devenir chanteuse. D’autres veulent se lancer dans de longues études et visent l’excellence, poussés par l’équipe pédagogique de Monbahus. Quant à une partie d’entre eux, ils se dirigeront peut-être vers le plus beau métier du monde : enseignant.
photo de classe la salle fondation

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