École et Parents : Ils jouent dans la même cour

 

Planté au milieu de trois hectares de parc, le collège La Salle d’Annecy-Pringy accueille chaque jour plus de 900 élèves. Et leurs familles sont aussi invitées à passer la grille d’entrée. Parce que former et faire grandir le jeune ne va pas sans un chemin parcouru ensemble, parents et équipes pédagogiques, dans la confiance et la transparence.

Le soleil caresse les visages d’une douce chaleur. Il en fait presque oublier le froid vif, typique des montagnes savoyardes plongées au cœur de l’hiver. Le bâtiment du collège La Salle d’Annecy-Pringy, flanqué de l’étoile lasallienne multicolore, se dessine sur un ciel bleu azur. De part et d’autre, les cimes enneigées de l’Étale, de la Tournette et du Semnoz. Une quinzaine de marches mènent au hall d’accueil. Le calme règne : cette entrée est réservée au personnel administratif, aux parents et aux élèves en retard. Au fond du hall, derrière une vitre à glissière, Catherine Sierra, casque sur la tête et sourire aux lèvres, répond aux appels téléphoniques, les transfère si nécessaire, accueille et aiguille les familles. Elle occupe ce poste-clé depuis 2009. Ce jour-là, une mère d’élève apporte les baskets que sa fille a oubliées. L’agent d’accueil s’en occupe : pour sûr, la jeune fille les aura aux pieds en cours d’EPS ! « Les équipes et l’ambiance de l’établissement font que les familles se sentent à l’aise ici », avance-t-elle. Même si, parmi les dizaines d’appels reçus chaque jour, certains s’avèrent agressifs : « En cas de situation délicate, les parents déchargent sur moi. Je sais que ce n’est pas contre moi qu’ils en ont, alors je relativise. Après, ils sont plus calmes, je les rassure et les oriente », explique-t-elle.

Des liens tissés chaque jour…

Une double porte battante mène aux bureaux de l’administration et à celui de Jean-Pierre Marion, le chef d’établissement coordinateur. Installé dans un fauteuil, ses jambes croisées laissent apparaître des chaussettes rouges. La couleur fait écho aux branches de ses lunettes rondes, à sa cravate et à sa ceinture. Comme tous les matins, il feuillette Le Dauphiné libéré. « Ce n’est pas très gai, mais je m’attarde sur les pages nécrologiques, glisse-t-il. Si un décès est survenu dans une de nos familles ou parmi les familles de nos éducateurs, j’envoie un petit mot, des fleurs… » Une constante attention à l’autre qui commence dès l’inscription au collège La Salle d’Annecy-Pringy. L’année dernière, Jean-Pierre Marion a mené 280 rendez-vous avec les familles des actuels élèves de 6e. « L’objectif, c’est de se connaître, car si on ne se connaît pas, notre travail d’équipe ne peut pas fonctionner », assure-t-il. Cette première étape est le socle sur lequel s’édifie la relation de confiance entre parents et éducateurs. « Les parents nous confient ce qu’ils ont de plus cher au monde », poursuit-il.

Alors la confiance, il la tisse au quotidien en étant un chef d’établissement accessible : tous les matins, il est au portail, où certains parents lui disent simplement bonjour et d’autres s’attardent pour discuter. Et s’il rencontre un problème électrique dans son établissement scolaire, il sait que quatre familles sont expertes dans le domaine. « Je fais travailler des gens qui nous font travailler. Par ce biais, je crée aussi du lien. C’est la famille lasallienne. » La sonnerie de la récréation retentit. Jean-Pierre Marion se lève et se dirige vers la fenêtre de son bureau baigné de soleil. Il inspecte la cour en contrebas où grouillent les élèves. Il repère sa fille. Un code, qu’eux seuls partagent, leur permet de savoir qu’ils sont là l’un et l’autre, l’un pour l’autre. L’espace d’un instant, le chef d’établissement a revêtu son costume de papa…

… et une reconnaissance sur le long terme

Stéphanie Collomb-Clerc, jean large et baskets cloutées de rose, entre dans le bureau. La jeune quadra pétille et respire le bonheur. Elle travaille depuis 17 ans dans l’établissement et se réjouit de sa double casquette de chargée de com. et de professeure d’arts plastiques qui lui permet de côtoyer enfants et adultes. « Je suis épatée par la gentillesse des parents et leur reconnaissance de notre travail, s’émerveille-t-elle. Dans ma matière, c’est encore plus touchant quand cette reconnaissance arrive en 3e : c’est une reconnaissance sur quatre années de suivi. »

Bien sûr, les choses ne sont pas toujours si roses : « Parfois, on reçoit un message désagréable d’une famille via ÉcoleDirecte et il nous fait la semaine. Une famille sur les 30 que compte une classe ! L’important est d’apprendre à changer le regard, analyse Stéphanie Collomb-Clerc. Et les parents doivent rester à leur place de parents pour trouver leur place à l’école : tout repose sur la confiance avec l’établissement scolaire, une confiance basée sur la transparence. La transparence sur ce que l’on fait, bien ou pas bien. » Jean-Pierre Marion partage ce point de vue : « Nous, au quotidien, on a la tête dans le guidon. Alors souvent, je me tourne vers l’Apel en qui j’ai toute confiance et je sollicite leur avis. »

Des parents investis et indispensables

Pour rencontrer sa présidente, Emmanuelle Spalanzani, il faut rejoindre la salle dédiée à la pastorale. Sur le mur du couloir sont épinglées des intentions de prière colorées comme une corde à linge réinventée. Dans la salle, une quinzaine d’élèves de 6e regardent un documentaire sur un jeune paraplégique de 26 ans dont le rêve était de gravir le Mont Blanc. Un rêve au long cours devenu réalité et la promesse d’une rencontre à venir avec les jeunes élèves savoyards.

Emmanuelle Spalanzani, mère de Victor scolarisé en 5e et d’une jeune lycéenne, s’est portée volontaire il y a deux ans pour animer les séances de « Culture et réflexion », à raison d’une heure tous les 15 jours en demi-groupe. « Ce sont toujours des temps d’échange très sympas, s’enthousiasme celle qui a lâché son job de directrice financière d’une grosse société pour se mettre à son compte et se recentrer sur sa famille. En tant que parent, on ne donne pas assez aux enseignants qui, tous les jours, accompagnent nos enfants. On a tous du temps et des compétences à offrir. » Audrey Ralaivitanarivo, l’adjointe en pastorale scolaire (APS), ne dit pas le contraire : lorsque ses enfants étaient scolarisés à l’école La Salle Sainte-Marie d’Annecy, elle a proposé à leurs enseignantes de partager ses compétences. « J’ai animé des ateliers de danse indienne, de méditation, de massages partagés… Je faisais bénévolement ce que je faisais professionnellement auparavant ! » se souvient-elle. Il y a trois ans, la direction du collège lui a proposé de devenir APS. Mettre un pied dans la classe peut changer une trajectoire professionnelle… En tout cas, c’est un geste indispensable à la bonne marche d’un établissement : « Si Emmanuelle ne s’était pas mobilisée pour les séances “Culture et réflexion”, obligatoires et inscrites dans l’emploi du temps de tous nos élèves, ces séances n’auraient peut-être pas eu lieu », précise Audrey Ralaivitanarivo. De l’implication dans un cours à l’encadrement de la soirée raclette organisée par l’aumônerie en passant par l’accompagnement à des pèlerinages, la palette d’interventions des parents est large.

Mener des projets ensemble, en toute confiance

Et elle est bien représentée par les 30 membres investis dans l’Apel aux côtés d’Emmanuelle Spalanzani. Rendez-vous a été donné à quatre d’entre eux dans une salle de réunion. Ils arrivent au compte-goutte, après leur journée de travail. La dynamique présidente « a un peu dupliqué ce que l’on fait en entreprise » : entourée de responsables de commission (Fêtes, Parents correspondants, Éco-acteurs…), son objectif est de mener des projets avec la direction dans la confiance et la transparence. « Projet : c’est le maître-mot de notre action, appuie Stéphanie Lafosse, secrétaire de l’Apel. On gère des projets, des gros mais aussi des petits. » « Nous faisons le lien avec les parents et nous aidons les enseignants. Nous voulons apporter notre pierre à l’édifice, être utiles à la communauté », renchérit Emmanuelle Spalanzani. Par exemple, lorsque les tablettes ont fait leur entrée dans l’établissement il y a quatre ans, les familles les ont accueillies avec réticence. Jean-Pierre Marion ne comprenait pas pourquoi. Il s’est alors tourné vers l’Apel. Pour dédiaboliser l’usage de la tablette, la commission Et nous parents a créé des tutos et organisé des conférences destinées aux parents. De même, Marie Roche, du Bureau de documentation et d’information sur l’orientation (BDIO), anime des séances destinées à lancer la réflexion des élèves de 5e et de 4e sur leur orientation à l’aide de jeux de cartes. Comme une vingtaine de parents qui interviennent selon leur disponibilité. Les séances sont validées par Nicolas Mathieu, le responsable orientation du collège. Preuve en est du travail d’équipe et de la confiance qui s’est instaurée entre l’établissement scolaire et les familles.

D’ailleurs, outre les moments festifs qui ponctuent l’année scolaire (journée d’accueil des futurs élèves de 6e, soirée tartiflette, barbecue de rentrée…), les parents se bousculent pour participer aux soutenances de stage des élèves de 4e qui réunissent un professeur, un professionnel et un parent. Et ce n’est certainement pas avec une volonté d’ingérence, juste un désir de s’investir dans un établissement « où on sent une fibre et où les familles se sentent à l’aise », souligne Stéphanie Lafosse. Un point de vue partagé par Bérangère Verdun, Élise Dang-Tran et Leniac André, trois enseignantes rencontrées dans la salle des professeurs : « La bonne ambiance fait que les limites sont bien définies avec les familles ; on fait équipe », assure Élise Dang-Tran.

La relation école-familles à l’heure du numérique

Bien entendu, la dématérialisation des relations humaines fissure parfois ce tableau idyllique. Comme partout. ÉcoleDirecte peut devenir le défouloir de certains parents cachés derrière leur écran. Mais à Annecy-Pringy, si un professeur reçoit un mail assassin, il le transmet bien vite au chef d’établissement qui attend quelques jours avant d’y répondre. Un bon moyen pour désamorcer les choses et « remettre les parents face à leur responsabilité », avec fermeté, comme le souligne le chef d’établissement. A contrario, les réseaux sociaux tissent des liens solides avec les familles. « Le collège est très suivi sur Facebook et Instagram où chaque jour je poste une publication, souligne la chargée de communication de l’établissement. Les parents commentent, ponctuent nos stories d’emojis. » Rares sont ici les commentaires désobligeants et Stéphanie Collomb-Clerc s’en réjouit.

À Annecy-Pringy s’est ainsi construite de longue date une communauté, unie et soudée. Et Jean-Pierre Marion de conclure : « Nous ne pouvons faire sans les familles. Nous voulons que les jeunes réussissent, les familles aussi. » Un capitaine, une équipe, un même cap !

Laurence Pollet

Exergue : « Les parents doivent rester à leur place de parents pour trouver leur place à l’école »

 

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