Avignon

Tourments et renaissances


Il serait vain de vouloir suivre en détail les Frères et leurs maisons pendant plus de 300 ans… Quelques flashes suffiront à montrer l’importance qu’a tenue la Cité des Papes dans l’histoire de l’Institut.

En 1703, M. de Châteaublanc, trésorier des États du Pape, obtient de M. de La Salle trois Frères pour tenir une école à Avignon. Elle croît vite : en 1705, une maison sur la paroisse Saint-Pierre, capable de loger 20 Frères, leur est attribuée. Le Directeur en est bientôt le représentant (Visiteur) du Fondateur, pour toutes les maisons du Midi. Et les Supérieurs généraux entre 1720 et 1797 - Timothée, Claude (élu en 1751), Florence (1767) et Agathon (1777) - sont, lors de leur élection, Directeurs ou Visiteurs d’Avignon.

Écoles de quartier


En 1729, le Frère Timothée ouvre rue Dorée un noviciat qui, jusqu’en 1791, inscrira 776 entrées. En 1780, cette maison compte cinquante Frères : vieillards, novices, malades et Frères employés aux écoles gratuites, sur place ou dans de nombreuses "écoles de quartier", où ils se rendent matin et après-midi. En 1791, le Comtat Venaissin se donne à la France en pleine Révolution, et bientôt toutes ces œuvres sont supprimées, les Frères dispersés, les traces du christianisme effacées.
En avril 1805, le maire d’Avignon désirait "que l’instruction dans les Écoles primaires fût exclusivement confiée, comme elle était antérieurement, à un établissement des Frères des Écoles chrétiennes". Le Préfet du Vaucluse lui obtient des Frères fin 1810. En 1818, la Municipalité loge, dans l’ancien couvent de la rue des Ortolans, les Frères et le Noviciat nouvellement rouvert. Jusqu’à la suppression de l’Institut en France en 1904, le noviciat d’Avignon accueillera plus de 3 100 jeunes, qui iront enseigner dans le Midi, les pays de mission et l’Espagne (Baléares).

Exode et retour


En 1832, le Conseil municipal crée un cours élémentaire pour adultes et le confie aux Frères de la rue Dorée. Six Frères s’en occupent bientôt, vu le succès de ce cours. Même des militaires le fréquentent. Avec l’école de la place Pie, ancienne caserne Saint-Jean, cela fait en 1840 plus de 1 200 jeunes élèves, les petites classes de chaque école ayant 200 élèves : il faut ouvrir deux autres écoles dans la ville, et deux dans des villes proches ; les Frères obtiennent l’autorisation d’ouvrir un pensionnat, dont les revenus aideront à les faire fonctionner. En 1868, cet internat s’établit rue Calade.


Quand les lois Ferry (à partir de 1880) laïcisent les écoles municipales, les curés créent des écoles paroissiales et les Frères dirigent les écoles de garçons. La loi de 1904 supprime l’Institut en France : les Frères sont autorisés à conserver leur maison de retraite rue Notre-Dame des Sept Douleurs, tandis que le District d’Avignon se transporte largement en Espagne ; et l’action des Frères devient peu visible à Avignon. Le Frère Savinien, célèbre spécialiste de l’occitan, y redevient en 1908 Mr Lhermite pour reprendre son poste d’inspecteur des écoles catholiques.

Les effets de la loi, après guerre, se sont peu à peu dissipés. Aujourd’hui, le pensionnat, installé entre temps rue Notre-Dame des Sept Douleurs, est devenu l’ensemble scolaire Saint Jean-Baptiste de La Salle, présent en fait sur trois sites : 1 700 élèves en école-collège-lycée-supérieur, rue Notre-Dame des Sept Douleurs ; 300 en collège, boulevard Montesquieu ; et 170 en école, chemin Saint Geniès.
 

Frère Alain Houry

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Avignon : tourments et renaissances

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