La Salle, France

Un maître spirituel


Saint Jean-Baptiste de La Salle est tout autant un pédagogue et un organisateur d’école éminent qu’un maître spirituel. Il a su, en effet, donner à la communauté de Maîtres qu’il a fondée une spiritualité adaptée à leur état et à leur ministère.

Dans un passage de sa Méditation 205, 2ème point, il exprime clairement que l’école est un lieu de vie où s’accomplit la vocation chrétienne à la sainteté de l’éducateur. Pour lui, c’est dans l’accomplissement des tâches professionnelles, éducatives, qui sont d’abord constituées de relations humaines avec les jeunes, avec les parents, avec les collègues..., que l’éducateur rencontre Dieu.

C’est là qu’il peut vivre l’expérience de Dieu (ou l’expérience intérieure) qui est propre à son métier.

La démarche de Jean-Baptiste de La Salle : foi et zèle.

Affronter les situations concrètes, pour les éducateurs, celles vécues par les jeunes, les familles, les questions éducatives, l’école, les pauvretés que l’on rencontre, que l’on vit ...

Reconnaître, dans la foi, les appels de Dieu ; voir, dans la foi, comment Dieu parle, appelle, souffre, meurt, est défiguré ou glorifié... dans cette réalité éducative qui est notre histoire et celle des jeunes qui nous sont confiés.

Dans la foi, cette réalité éducative est Histoire de Salut, lieu et chemin où le salut de Dieu, la révélation de Jésus-Christ dans l’Histoire des hommes, se manifeste et se donne à voir, où elle s’accomplit.

Un engagement évangélique à travailler à l’ouvre de Dieu qui est animé par la force de l’Évangile, y prenant sa source, ses principes et ses modèles. Le zèle est l’intégration de la foi dans la vie quotidienne. Dieu est présent à notre vie, à notre histoire, cela conduit au zèle (ou créativité) pour accomplir son ouvrage auprès des enfants et des jeunes, c’est-à-dire pour les aider à découvrir leur pleine stature d’hommes et de femmes, qui reviennent finalement chez Dieu.

L’esprit de foi

La foi se manifeste dans la reconnaissance de Dieu, de sa présence, de son action, de son ouvre, dans le monde des jeunes, de l’école. Pour Jean-Baptiste de La Salle, la foi est un comportement qui engage toute la personne dans la réalité humaine et lui fait rencontrer Dieu dans cette même réalité.

Dans la foi, les enfants, les jeunes sont les vives images de Jésus-Christ. Jean-Baptiste de La Salle apprend aux maîtres à identifier Dieu présent dans les situations éducatives. Il reconnaît, dans la foi, le Christ présent, vivant, dans les enfants et dans les pauvres.

On peut dire que le passage de la foi au zèle (ou à la créativité éducative) se fait par la rencontre personnelle de Dieu, dans l’oraison ou prière intérieure, que Jean-Baptiste de La Salle décrit comme une conversation avec Dieu.

Converser avec Dieu, c’est en effet ainsi que Jean-Baptiste de La Salle décrit la prière du Maître. Une conversation qui a pour objet, le plus souvent, le ministère éducatif, les réalités vécues par les familles, les jeunes, les éducateurs, les relations qui se font et se défont tout au long de cette tâche auprès des enfants que Dieu confie au Maître.

Elle s’inscrit dans la conversation que Dieu poursuit avec les Hommes et avec son Peuple. Elle s’articule avec la Parole de Dieu, et cherche à rétablir, au quotidien, la cohérence entre le dessein de Dieu et la vie des jeunes.
Monter vers Dieu, et descendre vers les jeunes qui me sont confiés

Jean-Baptiste de La Salle décrit la prière de celui qui est engagé dans le ministère d’éducation, comme une montée et une descente.

La « montée » est pour apprendre de Dieu, dans un contact personnel avec lui, dans une communion où se produit une communication. En « montant » vers Dieu, le Maître porte avec lui ce qui fait sa vie d’éducateur, ses relations avec les jeunes, les parents, les autres éducateurs...

Le Lasallien monte à Dieu pour parler des besoins de ses disciples, pour découvrir ses ordres envers eux et apprendre ce qu’il devrait leur enseigner. L’oraison part de la mission, porte la mission, retourne à la mission. L’expérience spirituelle du Lasallien constitue une unité indissociable : il connaît Dieu et ses élèves.

Le zèle, un grand don de Dieu, dans un contexte charismatique

Le zèle ou la créativité apostolique que propose Jean-Baptiste de La Salle dans ses Méditations, peut se décliner de la manière suivante : donner une éducation chrétienne aux enfants, tenir les écoles, procurer le salut des âmes, toucher les cours, établir et maintenir le Règne de Dieu dans les cours de vos élèves, procurer l’esprit de religion et du christianisme.

Dieu vous a appelés, destinés, envoyés, Dieu vous a fait un grand don en vous chargeant d’instruire les enfants et de les conduire à lui. On peut nommer ce don comme étant celui d’enseigner et de témoigner. Avec le grand don de Dieu, on est dans l’ordre du charisme. Ce charisme c’est : instruire les enfants ou leur annoncer l’Évangile ou les élever dans l’esprit de religion.
Dans l’école, vivre le charisme de la fraternité.

La reconnaissance de ce don conduit à une réponse, par le zèle et l’engagement dans l’école chrétienne, dans le service éducatif des pauvres qui restent loin du salut. L’engagement éducatif est en prise sur la réalité des jeunes, leurs besoins, leurs appels, leur contexte d’aujourd’hui, Il se veut réponse à cette réalité.

Ces réponses sont tout à la fois

  • personnelles : ce sont des personnes qui prennent conscience des besoins des familles, des jeunes, qui sont appelées et qui répondent ;
  • institutionnelles : les écoles chrétiennes sont des réponses aux déficiences de la société (cf. Méditation 194, 1er Point) ;
  • et communautaires : des hommes qui se sont reconnus et qui ont été saisis par la même lecture de la réalité se constituent en Société, en Institut (cf. Règles communes, ch 1, n° 4 à 6).

Ce qui veut dire que la pratique de la spiritualité lasallienne met en ouvre des tensions entre les personnes, les institutions et les équipes éducatives.

Ces tensions sont positives si elles demeurent en tension, justement, si l’individuel n’envahit pas le champ des institutions, ou si l’institution ne dévore pas les individus, ou si l’équipe éducative sait sortir de ses compromis implicites et paralysants.

Au cour du projet de l’école chrétienne il y a le maître et la relation qu’il établit avec les enfants, relation que Jean-Baptiste de La Salle caractérise presque toujours comme une relation « Maître / Disciples », ou une relation personnelle : « ceux que Dieu vous a confiés... »

Un ministère de la fraternité

C’est ainsi que l’on peut nommer le charisme que les Lasalliens ont reçu : être les frères et les soeurs aînés des jeunes que Dieu leur confie.

C’est bien ce que reprend la Règle de 1987, dans le chapitre 4 qui présente la Vie communautaire et indique une manière d’être : "Les Frères veulent être d’un seul élan, frères entre eux, frères avec les adultes qu’ils rencontrent, et frères aînés pour les jeunes qui leur sont confiés." (Article 53).

Frère Jean-Louis SCHNEIDER

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Spiritualité lasallienne

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